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Lunatique. Je suis lunatique. D'après mon cher beau frère en tout cas. J'en connais des lunatiques, & je me connaissais chiante. Avec mes humeurs, parfois bonnes parfois mauvaises. Des fois même mauvaises sans raison, allez savoir pourquoi. Mais de là à me savoir lunatique, non. Un mot que je n'avais jusque là adressé qu'aux autres. & puis un soir de début de week-end, & de vacances par la même occasion, une personne vous l'adresse. Puis deux, puis trois, & finalement cinq personnes differentes dans le week-end. Plus j'y repense, & plus je me trouve insupportable. Ce pauvre Bastien a bien du courage, & doit certainement être très amoureux de ma chère soeur pour rester dans cette famille de fous. Je ne supporte pas être contredite, & avou rarement avoir tord. Gare à celui qui osera me defier. En plus de mon gros coup de gueule & de mes claquages de portes, il aura à supporter pendant, au minimum, une bonne heure, ma mauvaise humeur, mes reflexions & mon air de fille ni-polie-ni-souriante. Maman sait quand j'ai quelque chose à lui demander. Je m'approche d'elle doucement, l'aide dans ce qu'elle est en train de faire, avec un grand sourire qui veut tout dire. Elle me sent venir à dix kilomètres. En fin de compte, non, je ne le suis pas à ce point avec tout le monde. Surtout avec maman en fait. Faut dire qu'elle a le chic pour m'énerver. Enfant surement trop gâtée, je ne supporte pas non plus qu'on me refuse quelque chose. J'ai prèsque tout eu, & tout plus tôt que ma soeur, alors que ce soit un vêtement, une sortie, ou n'importe quelle connerie, je monte sur mes grands chevaux en cas de refus. Surtout à propos des sorties en fait. Je sais souvent trouver les arguments convaincants. A commencer par mes notes & mon bulletin, que j'ai la chance d'avoir bons malgrè le peu de travail que je leur consacre. Je ne lâche pas l'affaire, à croire que le monde tourne autour de mes caprices. & si jamais papa & maman ont le malheur de maintenir leur decision, c'est en une espèce de folle dechaînée que je me transforme. Les pauvres amours, ils sont bien obligés de céder. & quand ils me donnent une heure pour rentrer, ils peuvent être sûrs que j'aurai au moins un quart d'heure de retard. La ponctualité n'a jamais été mon fort, en effet. Anne-Solène me donne rendez-vous à 14h place de la Rép ? Je ne pars pas de chez moi avant 13h55, tout en sachant qu'il me faut 2 minutes pour descendre à mon arret de bus, qu'il faut ensuite que je l'attende, & qu'il met environ neuf-dix minutes à rejoindre le centre ville. Mais peu importe, je sais qu'elle sera au moins aussi en retard que moi. En revanche, avec Mégane, c'est une autre affaire. Cinq minutes de retard, c'est surement son maximum. J'ai toujours droit à son coup de fil habituel : " Oui Justine, c'est Mégane, t'es où ?? ". C'est alors qu'il faut trouver un petit mensonge, pour pas qu'elle me pète un cable. " Je monte dans le bus là j'arrive dans cinq minutes. " alors qu'il n'est toujours pas arrivé... En dehors de ça, que dire ? Que mes parents ne sont absolument pas au courant de ma vie exterieure de la maison. Ils connaissent mes notes, mes " principaux " amis, seulement le nom d'autres, mais pour le reste... C'est le trou noir. Si, je leur parle aussi de mes profs, mais je ne dis rien de personnel, rien qui me concerne directement. Je tiens surement ça de mon père. Si j'ai un copain, ils n'en savent rien. Pas même ma soeur. C'est d'ailleurs elle qui va mener sa petite enquète, & qui, ensuite, après m'avoir cuisinée, balancera tout à la famille. J'ai peur de laisser penser à une faille en moi. J'aime qu'on me sache forte, physiquement & psychologiquement. J'ai également horreur de dévoiler mes sentiments, & je viens pourtant d'une famille assez expressive. Faites moi une surprise, je ne montrerai rien. Ou alors je me forcerai, pour faire bien. Rien que l'idée que quelque chose tourne autour de moi m'effraie. J'ai miraculesement évité à la grande fête que ma mère voulait m'organiser pour mes douze ans, sorte de tradition familiale. Je suis pourtant prévenue que je n'échapperai pas à celle de mes dix-huit. Alors mes amis, sentez vous bien chanceux & privilégiés que je me sois ainsi ouverte à vous, ça se fait rare de nos jours.